Bien avant que les badauds n'aillent parfois traîner des pieds le dimanche dans les musées, de riches particuliers ouvraient à certains privilégiés les portes de leurs cabinets de curiosités. Meubles à multiples tiroirs et étagères ou même pièces entières de demeures consacrés à cette dévorante passion, celle de collectionner des choses rares, ces cabinets étaient de véritables cavernes d'Ali Baba dans lesquelles se dissimulaient quantité de trésors! Objets d'histoire naturelle (pierres, fossiles, herbiers); objets créés par l'homme (médailles, armes, bijoux); autres purement scientifiques (automates, lunettes astronomiques) ou encore objets exotiques (plantes, animaux). Ces lieux magiques, apparus à la Renaissance, constituèrent par la suite le noyau des collections de beaucoup de musées. Il faut voir derrière cette passion outre l'obsession d'entasser des choses hétéroclites, le désir de comprendre le monde et de pouvoir en faire le tour à tout moment sans quitter ses pénates.
J'aurais aimé connaître les cabinets d'Elias Ashmole, des Médicis, de Rodolphe II de Habsbourg mais je suis d'un autre temps. Il me faut avancer et tenter de rêver encore dans une société capitaliste, ultra libéraliste et consumériste ou l'on achète et jette tout aussi rapidement. Cette ère virtuelle où la musique, le cinéma, la littérature se consomment à présent derrière des écrans; où chaque émoi et émerveillement se trouve pixelisé, dématérialisé, désincarné.
A ma manière, j'organise donc la Résistance. Les appartements où j'ai successivement logé sont chaque fois devenus mes cavernes d'Ali Baba, mes cabinets de curiosités. Je m'y réfugie pour faire le tour du Monde, le tour de ma Mémoire.
Alors...
Sésame, Ouvre-toi!
Et Toi, Visiteur, ouvre l’œil mais surtout le cœur!